Variant delta : la mise en garde du Professeur Bricaire

30 septembre 2021

Infectiologue retraité de l’AP-HP, le Pr François Bricaire rappelle la dangerosité du variant  Delta, la mutation devenue prédominante dans la pandémie mondiale de Covid 19. Il met en garde contre une déresponsabilisation des personnes vaccinés.

Il fait partie de la vingtaine de variants du coronavirus SARS-CoV-2 : le « variant Delta », d’abord appelé « variant indien », car il est apparu pour la première fois en Inde, fin 2020 (le 31 mai 2021, l’OMS a publié une nouvelle nomenclature des variants du virus, basée sur l’alphabet grec). Avant d’expliquer les causes de sa dangerosité, le Pr François Bricaire, infectiologue retraité de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), souligne la rapidité de la propagation de ce variant, « arrivé en France via le Royaume-Uni ».

Le plus contagieux des variants

Comment est-il parvenu à s’imposer aussi rapidement, face aux autres variants ? « L’émergence du variant Delta a fait pression sur le coronavirus Alpha avec des R zéro élevés, supérieurs aux autres variants ; avec des contaminations de trois personnes pour un malade », note François Bricaire. Cette transmissibilité beaucoup plus forte comparée aux variants précédents explique pourquoi le « Delta » est aujourd’hui à l’origine de la quasi-totalité des cas de contaminations en France. Deux facteurs expliquent cette contagiosité supérieure, rappelle l’infectiologue : des charges virales « multipliées par mille » chez les sujets contaminés, d’abord. Un temps de génération du virus bien plus court qu’auparavant, ensuite. 

Cette dangerosité accrue n’a pas réussi à convaincre les plus réticents à la vaccination. Selon François Bricaire, qui vaccine « tous les jours à L’Hôtel-Dieu », cette méfiance trouve son origine dans le fait que ce sont souvent les jeunes qui sont porteurs du variant Delta : « ils pensent être moins menacés par les formes graves du virus ». Il y a ceux, ensuite, qui s’opposent par principe aux contraintes imposées par le gouvernement. Enfin, il y a cette minorité qui craint les effets indésirables de la vaccination. Il convient de rappeler à ces populations qu’il y a neuf fois plus d’entrées en soins critiques parmi les personnes non-vaccinées que parmi celles qui sont complètement vaccinés (chiffres publiés début juillet par le ministère de la Santé). Il faut également rappeler que dans le cadre de la surveillance renforcée des vaccins utilisés contre la Covid-19, une enquête de pharmacovigilance est mise en place pour surveiller en temps réel le profil de sécurité des vaccins disponibles en France, à partir des déclarations réalisées par les professionnels de santé, les personnes vaccinées ou leur entourage (données à consulter sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il est important d’informer cette partie récalcitrante de la population, qui freine le combat mené contre l’épidémie. « Et pour être efficace, ce combat, nous devons le mener aussi au-delà de nos frontières, il est nécessaire de vacciner en France, en Europe, mais aussi partout où on le peut, notamment dans les pays en difficulté. Les dons des pays riches n’y suffiront pas », alerte le l’infectiologue.

Des vaccinés déresponsabilisés

François Bricaire rappelle aussi que la campagne vaccinale ne peut être l’unique réponse pour endiguer la circulation du virus, et qu’il faut maintenir les gestes barrières : « Le vaccin protège des formes graves, pas de la contamination ». « Heureusement, la dangerosité du variant Delta n’est pas plus importante que celle des autres variants et pour l’heure, les hospitalisations en réa ne sont pas trop impactées, mais il est impératif de rester vigilant, d’adopter une attitude responsable pour stopper la circulation du virus », rappelle l’infectiologue. Ce message doit être martelé par les soignants : que l’on soit en bonne santé, malade, jeune, âgé, vacciné contre la Covid-19… pour tout le monde, il est recommandé d’appliquer encore les gestes barrières et de s’isoler si besoin. Enfin, il faut rappeler à tous les personnels (y compris administratifs) des établissements de santé qu’ils devront être vaccinés à partir du 15 septembre, condition sine qua non pour continuer à travailler.