Urologie et chirurgie esthétique génitale

08 janvier 2021

La chirurgie esthétique des organes génitaux est en augmentation ces dernières années. Le comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’AFU réunissant trois spécialités, urologie, gynécologie et chirurgie plastique a tenu un forum sur ce thème lors du 114e Congrès français d’urologie.

Le Dr Antoine Faix et le Pr Éric Huyghe, membres du comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’AFU et modérateurs du forum « Gestes et chirurgies cosmétiques en andrologie et médecine sexuelle » reviennent sur ce sujet. « Vouloir soigner son apparence est légitime, mais nous ne devons pas oublier que nous sommes des médecins d'organes attachés à la fonction de cet organe », souligne le Dr Antoine Faix.

Les plasties d’allongement et d’élargissement du pénis, restons modeste

La phalloplastie d’allongement (ou pénoplastie d’allongement) vise à augmenter la longueur  de la verge. Son bénéfice est très relatif, et le gain moyen serait de 1,3 cm. Le résultat peut être amélioré si le patient recourt à des séances d’étirement, c'est-à-dire des tractions mécaniques après l’intervention. Par ailleurs, l’allongement est uniquement visible lorsque la verge est au repos et ne l’est pas sur le membre en érection. La technique la plus classique est la section du ligament suspenseur qui permet un allongement de la verge. Mais cela entraîne une modification de l’orientation du pénis turgescent si bien qu’en érection la verge est plus instable et tend vers le bas empêchant la réalisation de certaines positions amoureuses. Si vos mensurations sont “normales”, vous risquez d’être déçu par le résultat. « En revanche, dans les cas de micropénis, cette intervention améliore la fonction génitale et l’estime de soi », explique le Pr Huyghe. Lorsque l’impression de petite taille du pénis est due à un excès de graisse au-dessus de la verge, une lipoaspiration du mont pubis améliore le résultat visuel. Néanmoins, il existe des limites anatomiques  infranchissables liées à la longueur et à l’élasticité du canal urinaire et des corps  caverneux. Pour cette raison, il est difficile de mettre au point des techniques d’allongement du pénis en érection.

La plastie d’élargissement du pénis

Il s’agit d'injections de graisse prélevée sur le patient ou d’injections d’acide hyaluronique effectuées pour augmenter de 2 à 3 cm le périmètre de la verge au repos et en érection.  L’objectif serait d’obtenir un accroissement uniforme et pérenne de la circonférence. Or ces injections sont instables. En effet, environ 30 % du volume initial disparaît rapidement. De plus, des irrégularités, des asymétries ou des nodules peuvent donner un aspect bosselé. Les injections dans le gland sont également possibles, mais beaucoup plus difficiles à réaliser avec des résultats décevants. 

Le lifting du scrotum

L’aspect distendu du scrotum, le sac cutané dans lequel se trouvent les deux testicules peut être relâché. Cela peut concerner les hommes jeunes comme les hommes d’âge mûr. Cette distension peut occasionner des douleurs lors des rapports sexuels ou gêner pour faire du sport. « Avant toute intervention, il est essentiel de comprendre pourquoi le scrotum est tombant », précise le Pr Huyghe. Car le scrotum a pour mission d’éloigner les testicules du corps afin que ces derniers soient à bonne température. Au-delà de 35°C, la spermatogenèse est altérée et la fertilité compromise. Si un scrotum est tombant, il faut donc en chercher la raison. Parfois une varicocèle (varices des veines du cordon spermatique) augmente la température du testicule et le scrotum, en s’allongeant tente de compenser cet effet. Faire un lifting du scrotum et remonter les bourses sans procéder à un bilan urogénital préalable c'est prendre le risque d’être hypofertile. « Le scrotum n’est pas un simple bout de peau, prévient le Pr Huyghe, c’est un véritable organe contractile dont il faut préserver la fonction. » 

LED, radiofréquence et laser pour améliorer la muqueuse vaginale.

Le SGUM (syndrome génito-urinaire de la ménopause) touche de nombreuses femmes. Ce trouble associe le plus souvent une atrophie de la muqueuse vaginale (rendant les relations sexuelles douloureuses) et une incontinence. La réjuvénation de la muqueuse vaginale par laser, LED et la radiofréquence améliorent la trophicité (épaisseur et qualité) de la muqueuse, sa vascularisation et son élasticité.

Intervention esthétique et psychologie du patient

Concernant les interventions en esthétique. « Il n’y a pas d’indication claire, pas de recommandation ni de consensus », précise le Dr Faix. Accepter ou refuser un acte esthétique nécessite de prendre en compte la psychologie du patient. L’information du patient sur les limites et les risques de ces interventions est primordiale. Il faut choisir le bon praticien. Si pour le lifting du scrotum, il faut recourir à un urologue, pour les autres indications, le choix dépendra de l’expérience du praticien. « Certains plasticiens ont une spécialité en chirurgie génitale ; ils sont compétents pour intervenir, estime le Dr Faix. De même pour les urologues dont un petit nombre a choisi le créneau de l’andrologie et de la chirurgie génitale. »

Complications : les urologues sont en première ligne

Une intervention mal menée peut avoir des conséquences délétères sur le  fonctionnement des organes génitaux. Verge insensible, gland froid, pénis « en pyramide » empêchant les rapports pénétrants, difficultés à uriner, comptent parmi ces complications. Les urologues sont des spécialistes du fonctionnement des organes urogénitaux et interviennent parfois pour soulager les patients malheureusement victimes des complications des interventions esthétiques.