Traitement de l'incontinence urinaire : intérêt de la neuromodulation

19 mai 2021

Le traitement par neuromodulation existe depuis quelques décennies. C’est une pratique courante aujourd’hui pour le Pr Véronique Phé, responsable du comité neuro-urologie de l’AFU. La neurostimulation des racines sacrées est une option thérapeutique validée avec de bons résultats dans la prise en charge de l’hyperactivité vésicale, de la pollakiurie avec ou sans urgenturie, de la rétention urinaire et de l’incontinence fécale.

Le traitement par la neurostimulation des racines sacrées consiste à stimuler par un courant électrique les nerfs qui innervent les muscles de la continence et la partie basse du colon. Un courant électrique est produit par une aiguille qui est introduite à travers la peau au niveau du sacrum jusqu’aux racines sacrées. Cette aiguille est reliée par de petits fils à une pile électrique et stimule une des racines sacrées (S2, S3 ou S4, à gauche ou à droite). « Les causes urinaires représentent 83% des indications de neuromodulation sacrée. C’est une alternative au traitement par toxine botulique », précise le Pr Véronique Phé. Néanmoins, c’est un traitement dont le mécanisme d’action n’est pas réellement expliqué. Le Pr Phé ajoute que « le mécanisme d'action exact reste inconnu. Dans le cas de l’hyperactivité vésicale, c’est un traitement de seconde ligne qui est proposé après l’échec de la rééducation périnéale, des anticholinergiques ou des Beta 3 agonistes ».

Traitement par neuromodulation : déroulé de l’intervention

En pratique, l’intervention se déroule en deux étapes. La première intervention consiste en la mise en place de l’électrode reliée à un boîtier de stimulation externe. Après la première implantation, un test thérapeutique de l’électrode de test est réalisé sur quatorze jours. Pendant cette période, le patient remplit un calendrier mictionnel. En fonction de la demande initiale du patient, deux paramètres sont examinés.
« Tout d’abord la positivité objective du test c'est-à-dire, la constatation d’une amélioration de 50% d’au moins l’un des symptômes. Puis la positivité subjective, qui estime le ressenti d’amélioration de la part du patient. Ce dernier doit être supérieur à 50% », explique le Pr Phé. Si l’évaluation est positive, l’implantation définitive est réalisée. Ce traitement a une bonne tolérance. Les résultats des tests concluent à plus de 70% de positivité, et 75% des patients voient leur situation s'améliorer à 5 ans. « C’est une thérapeutique qui marche. Néanmoins, la question se pose toujours entre le traitement par neuromodulation ou par toxine botulique », précise le Pr Phé. 

Traitement par neuromodulation : les inconvénients

La durée de vie de la pile est de 5 ans et une ré-intervention s’avère nécessaire. C’est le cas également s’il faut replacer une électrode. Des problèmes peuvent survenir avec l’électrode qui peut être endommagée lors d’une chute par exemple. Le neuromodulateur est un petit appareil de la taille d’une petite boîte d’allumettes. Il peut dans de rares cas provoquer des douleurs ou des infections. Des innovations sont en cours.
Malgré tout, le traitement de l’incontinence par neuromodulation est en général peu morbide et présente peu de complications. La contrainte majeure étant le changement de pile systématique. « Ce traitement est validé, avec plus de 20 ans d’existence. Il est simple, efficace et entraîne peu de complications. Il est en outre réversible et mini invasif », conclut le Pr Phé.