Situations tunnelisantes : comment éviter des accidents prévisibles

25 juin 2019

Réduire les erreurs médicales, les accidents en chirurgie est un défi quotidien pour les professionnels du bloc opératoire. Certaines situations critiques sont entretenues par un aveuglement des professionnels. Comment les éviter ? La réponse avec le Dr Didier Legeais, urologue à Grenoble. 

Des chirurgies longues, des saignements lors d’une intervention, nombreux sont les facteurs qui peuvent favoriser l’apparition de complications à risque pour le patient du fait d’une situation tunnelisante. Le Dr Legeais la définit ainsi : « une situation à risque, pendant laquelle nous ne voyons pas les signaux qui devraient nous faire modifier notre attitude ». 

Erreurs de diagnostic, entêtement avec une technique opératoire… la chirurgie non épargnée

Ces situations tunnelisantes sont décrites dans de nombreux domaines. C’est par exemple, le moniteur de ski, qui est poussé à sortir malgré le risque d’avalanche, ou le pilote amateur qui décide de partir malgré les conditions météorologiques. Alors que les facteurs de risque sont connus de tous, que les informations sont accessibles, des décisions sont prises qui créent des situations dangereuses et parfois mortelles.

Les disciplines chirurgicales, l’anesthésie peuvent être concernées par ces phénomènes de tunnelisations, avec des conséquences plus ou moins dramatiques. En effet, lors d’une chirurgie, le chirurgien peut se tromper de côté, ou de diagnostic… Même chose pour les anesthésistes, qui peuvent décider d’endormir le patient malgré des risques trop élevés, ou délivrer une mauvaise dose d’anesthésiants… 

Afin de pallier ces risques, il existe des « check-lists » réalisées en équipe, pour ainsi éviter les erreurs individuelles. Ces check-lists permettent de vérifier, juste avant l’intervention, des éléments essentiels, tels que : l’identité du patient, le type d’intervention, l’installation en salle, les instruments nécessaires, et les différents documents médicaux relatifs à l’intervention. Elles permettent également de valider l’utilisation de divers traitements, et de contrôler l’identification des prélèvements éventuellement effectués. 

Les médecins peuvent bien se protéger de ses risques par une approche d’équipe

Il existe plusieurs temps où les décisions doivent se réaliser de manière collective avec l’ensemble de l’équipe médicale et paramédicale : « l’intérêt du patient passe avant tout, tout le monde doit entretenir des rapports de courtoisie et d’écoute » explique ainsi le Dr Didier Legeais. 
Tout d’abord le temps précédant l’intervention, durant lequel le chirurgien se doit de donner les bonnes informations à son patient, mais également de décider éventuellement de décaler une opération si les conditions ne sont pas optimales. 
Lors de l’intervention, des facteurs de stress peuvent faire rentrer l’opérateur en situation tunnelisante. Tout membre de l’équipe doit permettre d’analyser la situation, et de prendre une décision commune, avec même la possibilité d’appeler une autre personne en renfort. 

Ainsi, en mettant en place des mécanismes de prévention, des procédures standardisées, une bonne communication au sein des équipe permettant l’écoute et l’acceptation des remarques des autres, et en mettant de côté les « ego », les professionnels du bloc opératoire peuvent éviter ces situations tunnelisantes.