Perturbateurs endocriniens : la reproduction en péril ?

04 novembre 2019

Depuis plus de 30 ans, des chercheurs observent des malformations de l’appareil génital mâle, et des troubles de la reproduction de la faune sauvage, qui sont retrouvés chez l’homme. Une grande partie est due aux perturbateurs endocriniens, l’explication avec le Dr Florence Eustache, biologiste de la reproduction, invitée des Journées d’Andrologie et de Médecine Sexuelle (JAMS). 

Le système endocrinien est un système essentiel de notre organisme. Il permet de réguler toutes les hormones qui sont capable entre autres de jouer sur l’appétit, le sommeil, et les envies. Les perturbateurs endocriniens sont des produits, ou mélanges de substances, qui vont altérer des parties de ce système. Ces produits peuvent donc engendrer des effets néfastes non seulement sur la santé, mais également sur l’environnement. Ces perturbateurs viennent le plus souvent de substances chimiques, créées par l’industrie. En urologie, ces substances ont mis en évidence de nombreuses anomalies, mimant l’effet de certaines hormones et induisant des réponses inappropriées.

Des micropénis aux cancers de l’appareil génital masculin

« Cela fait des années qu’on observe des phénomènes anormaux au sein des populations animales mâles » explique le Dr Eustache, avec entre autres une féminisation de la population mâle chez les mouettes de la Côte-Pacifique, ou des alligators dotés de micropénis. Des baisses de la production de sperme est également observé chez certains mammifères de la côte Est des États-Unis (panthères de Floride). « Chez l’homme, il y a également une diminution de la spermatogénèse, avec des anomalies de la qualité du sperme ». On note aussi une augmentation du nombre de cancer de testicules depuis quelques années, dans certains pays. 

Les perturbateurs endocriniens en cause 

Il existe plusieurs facteurs capables d’engendrer ces changements, des facteurs génétiques, physiques (avec les radiations ou températures), biologiques, socio-culturels, mais également chimiques. A ce niveau-là, les perturbateurs endocriniens semblent jouer un rôle essentiel : « On les respire, on les mange, ou on les utilise comme cosmétiques. Nous avons pu mettre en évidence un lien entre certains perturbateurs, comme la chlordécone (un insecticide) et une augmentation du risque de cancer de la prostate » justifie ainsi le Dr Eustache. D’autres études ont également montré des relations entre les hypospadias (une anomalie congénitale du garçon chez lequel l’ouverture de l’urètre ne se trouve pas à l’extrémité du pénis mais sur sa face ventrale) ou des cancers du testicule et les perturbateurs endocriniens. 
Certains produits toxiques paraissent également avoir des effets « transgénérationnels » (se transmettant de générations en générations) : « On a pu constater que les perturbateurs endocriniens agissent sur l’appareil génital à travers les générations, avec l’exemple du Distilbène par exemple, qui a engendré des anomalies génitales sur plusieurs générations, quand bien même les dernières générations n’étaient pas exposées ». 
Une des pistes serait la modification génétique engendrée par l’exposition à ces toxiques, avec des changements d’expression des gènes. Des recherches sont en cours pour étudier ces phénomènes bien précis.