L’incontinence urinaire par urgenturie chez les hommes

07 mai 2021

L’incontinence urinaire par urgenturie masculine touche principalement la population vieillissante réduisant la qualité de vie. Le Pr Aurélien Descazeaud, ancien responsable du Comité des troubles mictionnels de l'homme, nous parle de ce trouble encore mal connu et sous diagnostiqué.

Une pathologie sous diagnostiquée…

L’incontinence urinaire masculine par urgenturie (IUU) définie par la perte involontaire et incontrôlée d’urines en dehors d’effort de poussées abdominale accompagnée ou immédiatement précédée par une envie urgente et irrépressible d’uriner. Elle est responsable d’une altération de la qualité de vie mais reste encore mal connue. Elle augmente avec l’âge, « son incidence exacte est mal connue, 1 à 39 % » nous explique le Pr Descazeaud. Bien qu’il ait souvent été supposé que l'incontinence urinaire masculine faisait "partie du vieillissement", cette idée a été largement écartée et il faut à présent insister sur l'importance de ne pas sous-estimer ce symptôme et son impact sur la qualité de vie des patients qui en souffrent. Ainsi l’incontinence urinaire chez l’homme âgé n’est pas une fatalité et sa recherche doit faire partie intégrante de la consultation d’urologie.

… D’origine complexe,

Les mécanismes impliqués dans l’incontinence urinaire masculine sont multiples et variés « et il convient de les explorer minutieusement avant toute proposition de traitement » insiste le Pr Descazeaud. En effet, de nombreuses causes peuvent être incriminées, seules ou souvent en association. Elles peuvent pour certaines être facilement diagnostiquées et traitées.
Parmi les causes d’origine neurologique, on retrouve par exemple les accidents vasculaires cérébraux (AVC), la maladie de Parkinson, ou encore les traumatismes de la moelle épinière souvent liés à un choc au niveau de la colonne vertébrale ou le diabète qui est responsable de dommages au niveau des petites fibres nerveuses.
Un obstacle sous la vessie peut également participer à la symptomatologie, il s’agit le plus souvent de l’hypertrophie bénigne de prostate (HBP) mais une réduction du calibre de l’urètre peut également être retrouvée. D’autres pathologies de la vessie ou de la prostate sont à rechercher comme un cancer ou des calculs. Une origine iatrogène c’est à dire liée à un précèdent traitement peut être suspectée lors d’ancienne chirurgie ou d’une radiothérapie, certains médicaments notamment les psychotropes et les diurétiques peuvent également aggraver la symptomatologie.
Enfin, lorsqu’aucune cause n’est retrouvée, il s’agit alors d’une IUU dite idiopathique, c’est le cas de l’hyperactivité vésicale.

Nécessitant un bilan complet et systématique.

Cette complexité impose la réalisation par l’urologue d’un bilan approfondi recherchant en premier lieu les causes réversibles que sont le délire, l'infection, les médicaments favorisants, les troubles psychologiques, les excès de boisson, la mobilité réduite ou le fécalome. Il est également nécessaire d’évaluer l’impact de l’IUU sur la qualité de vie et d’apprécier le désir du patient de recevoir un traitement.

L'examen physique est tout aussi complet et systématique. Il évalue à la fois la part neurologique, mais aussi l’abdomen, la prostate et le sphincter.
L’urologue peut également demander la réalisation d’examens complémentaires comme une analyse d’urine, une évaluation de la miction voire une cystoscopie (exploration de la vessie par caméra) ou un bilan urodynamique. La réalisation de ce bilan permettra à l’urologue de bien cibler les mécanismes en jeu et ainsi proposer un traitement optimal.