L’incontinence urinaire par fuites à l’effort ou par envies urgentes est un tabou à lever

09 avril 2021

L’incontinence urinaire (IU) touche des milliers de femmes en France de tous âges confondus avec des répercussions défavorables sur la qualité de vie entrainant un véritable enjeu de santé publique. Pour le Pr Jean-François Hermieu (Hôpital Bichat, AP-HP), membre du comité d’urologie et de périnéologie de la femme), l'amélioration des solutions thérapeutiques contribuera à lever progressivement le tabou. C'est un des rôles essentiels des professionnels de santé et des sociétés savantes.

L’incontinence urinaire : un tabou pour le patient et pour le médecin

L’incontinence urinaire correspond à une perte involontaire d’urine par l’urètre. 
Les fuites peuvent être à l’effort et liées le plus souvent à une faiblesse des muscles du plancher pelvien (périnée) qui font suite à une grossesse, à un accouchement avec facteur de risque ou de simple relâchement musculaire lié au vieillissement. Elles surviennent en cas d’effort physique, d’un épisode de toux ou d’un simple rire.
Elles peuvent également être liées à des envies pressantes et trop urgentes sans possibilité de se retenir. Il s’agit dans ce cas d’incontinence par urgenturies dont le mécanisme est lié à une hyperactivié du muscle vésical. 
Ce mécanisme de fuites par urgenturies touche aussi bien les hommes que les femmes et constitue une pathologie plus gênante que le diabète en qualité de vie. 
Vécue comme un handicap humiliant, l’incontinence urinaire a pour conséquences le repli sur soi et l’isolement social [1, 2].

« Le tabou lié à l’incontinence connaît une évolution favorable depuis quelques années au travers de la presse féminine, de la presse santé et de la télévision. Les personnes commencent à voir que ce n’est pas une fatalité », explique le Pr Hermieu. Néanmoins, le recours au soin ne dépasse pas 30 % parmi les incontinents. Le niveau de gêne liée à l’incontinence est très marqué, voire plus prononcé que celle ressentie pour les infections sexuellement transmissibles, les troubles de l’érection ou la sexualité. Un fait marquant, note le Pr Jean-François Hermieu, est « la surévaluation faite par les médecins du tabou ressenti par les patients. L’IU est plus évaluée comme un tabou par les généralistes que par les patients eux-mêmes ».
Ainsi, le tabou serait plus important chez les médecins généralistes qui hésitent à faire des investigations plus longues par manque de temps médical dans un quotidien déjà très chargé. De plus, le cursus des études de médecine comporte très peu d’enseignements sur cette thématique, et peu de familiarité avec ces symptômes.
En revanche, les patients sont plus enclins à aborder cette pathologie avec leur gynécologue mais son approche sera plus orientée vers l’incontinence d’effort qu’à celle par urgenturie. D’une manière générale, lorsque le sujet est abordé avec le médecin, les patients se déclarent généralement satisfaits des réponses fournies et plus à l’aise. Il semble donc que libérer la parole soulage l’ensemble des parties prenantes, pour le bien de toutes et tous.

Modalités de prise en charge thérapeutique

L’urologue a une place centrale, en tant que spécialiste de l’appareil urinaire, dans la prise en charge diagnostique, l’évaluation, la prise en charge (par rééducation, ou médicale et parfois chirurgicale) et le suivi des différents types d’incontinence. L'examen clinique uro-gynécologique est un élément clef. D’autres examens complémentaires peuvent être réalisés à la demande ou par l’urologue (comme le bilan urodynamique par exemple.

Aujourd’hui, la prise en charge de l’incontinence urinaire d’effort féminine est très efficace et se fait grâce à la rééducation périnéale et si besoin grâce aux bandelettes sous-urétrales. Des mesures d’hygiène de vie comme la perte de poids permettent également d’améliorer les symptomes. 

En revanche, « pour les symptômes d’urgenturie avec ou sans incontinence urinaire, les traitements sont plus complexes et d’efficacité variable » précise le Pr Hermieu. Les médicaments peuvent être responsable d’effets secondaires (comme la constipation ou la sécheresse buccale) qui limitent leur observance. 
En cas d’hyperactivité vésicale, le Pr Hermieu rappelle que « cela peut être le signe d’une maladie plus sévère ». Il faut s'assurer de la cause avant de conclure à un traitement et éliminer un diagnostic comme une tumeur vésicale, une sclérose en plaques ou d’un prolapsus génital.

D’autres techniques sont possibles dans les formes sévères comme la stimulation du nerf tibial postérieur par l’intermédiaire d’électrodes collées au niveau de la cheville avec une efficacité démontrée sans les effets secondaires des médicaments. L’appareil est pris en charge par les organismes sociaux en location puis à l’achat. Enfin des traitements chirurgicaux comme l’injection de botox à l’intérieur de la vessie permettent de traiter les symptômes résistants au traitement médicamenteux. La neuromodulation sacrée (appareil posé au bloc opératoire permettant de stimuler les racines nerveuses sacrés) est également une option surtout en cas d’incontinence fécale associée. 

Références

[1]     Hu TW, Wagner TH, Bentkover JD, Leblanc K, Zhou SZ, Hunt TL. Costs of urinary incontinence and overactive bladder in the United States: A comparative study. Urology 2004;63:461–5.
[2]     Johannesson M, O'Conor R, Kobelt-Nguyen G, Mattiasson A. Willingness to pay for reduced incontinence symptoms. Br J Urol 1997;80:557–62.