Les personnages âgées atteintes de démence ont aussi une vie sexuelle

27 novembre 2018

C’est ce que vient de démontrer l’Université de Chigago dans une étude sur la vie sexuelle des personnes âgées atteints de démence, montrant la persistance d’une activité sexuelle malgré la démence. Une sexualité non sans troubles, liés à l’âge avancé et à l’association à d’autres pathologies, qui ne vont pas être exprimés par ces patients, engendrant un défaut de prise en charge.

Les personnes âgées continuent d’avoir une vie sexuelle, même lorsqu’elles sont atteintes de troubles cognitifs. Ce sujet, rarement abordé, a fait récemment l’objet d’une étude, publiée en septembre dans The Journal of the American Geriatrics Society. Les chercheurs, spécialistes en gériatrie à l’université de Chicago, ont analysé les données d’un projet d’ampleur nationale sur les données sociales et médicales de personnes âgées, le National Social Life, Health and Aging Project (NSHAP), et ont ainsi pu réaliser une enquête annuelle portant sur un échantillon de sujets américains âgés vivant à domicile.

Les données sur les deux années 2010-2011 ont été analysés par les auteurs, et la population incluait 3196 personnes (53 % de femmes) âgés de 62 à 91 ans. Un test cognitif validé a été utilisé (le Montreal Cognitive Assessment) et a ainsi permis de classer les sujets selon leur statut cognitif : normal (55 % de l’échantillon), troubles cognitifs légers (27 %), et syndrome démentiel (18 %). Les personnes devaient toutes fournir un consentement après avoir reçu une information claire, loyale et appropriée, les sujets atteints de démence sévère étant donc exclus de l’étude.

Des patients sexuellement actifs
Au total, 83 % des hommes et 57 % des femmes déclaraient vivre avec un partenaire, mais seulement 72 % des hommes et 35 % des femmes atteints de démence. Dans le groupe « démence », 46 % des hommes et 18 % des femmes étaient sexuellement actifs (dans les 12 mois précédents l’enquête). Un autre résultat important était de voir que les personnes atteintes de démence et vivant en couple conservait une activité sexuelle : c’était le cas pour 59 % des hommes et 51 % des femmes déments.
Les trois pratiques les plus représentées étaient le coït vaginal (75% des patients quel que soit le statut cognitif), la stimulation manuelle par le partenaire (un peu moins de 50% chez les hommes et femmes démentes), et la masturbation (respectivement 25 % et 10 %).

Une prise en charge insuffisante
Autre constat : les trois-quarts des personnes âgées interrogées rapportaient un ou plusieurs problèmes d’ordre sexuel. Si le désintérêt pour le sexe frappait indépendamment du statut cognitif (60 % des hommes et 34 % des femmes), les troubles de l’érection touchaient moins les hommes déments (29 %) que les hommes du groupe « normal » (46 %). Il en allait de même pour les problèmes de sécheresse vaginale, qui concernaient 12 % des femmes démentes, contre 27 % dans le groupe « normal ».
Un problème qui n’est pas exprimé par les patients à leur médecin, avec des chiffres qui parlent pour eux: 17 % des hommes déments (contre 33 % dans le groupe « normal ») et 1,4 % des femmes démentes (contre 12 % dans le groupe « normal ») avaient consultés pour ces troubles sexuels. « Beaucoup connaissent des dysfonctions sexuelles qui ne sont pas diagnostiquées par un médecin mais pourraient être pris en charge », explique Stacy Tessler Lindau, gériatre à l’université de Chicago et auteur sénior de l’étude, dans les colonnes de Medscape US.