Le cannabis, un risque pour la santé urogénitale ?

15 janvier 2021

Le cannabis semble jouer un rôle dans l’augmentation des cancers testiculaires et des tumeurs de la vessie chez l’homme jeune. Le Pr Éric Lechevallier, administrateur de l’AFU et le Dr Alice Deschenau, psychiatre, administratrice de la Fédération française d’addictologie, exposent les informations utiles sur ce sujet.

Des données inquiétantes mais pour l’heure insuffisantes…

D’après l’Observatoire français d’études des drogues et toxicomanies, le marché́ du cannabis reste actif en France. Avec 11 % des 18-64 ans ayant consommé du cannabis dans l’année et 3,6 % de consommateurs réguliers (10 fois/mois), la France est l’un des pays le plus consommateur, malgré une législation parmi les plus contraignantes d’Europe. 
Parallèlement, la survenue de troubles urologiques chez des hommes jeunes consommateurs de drogue, interpelle les urologues. En effet, les quelques études menées semblent rapporter une association entre la consommation de cannabis et la dysfonction érectile ainsi qu’une dégradation de la qualité du sperme avec une altération de la production (=la spermatogénèse). Les cancers de la vessie et du testicule seraient aussi impactés par un surisque de développer des tumeurs plus agressives. Cependant les études sont rares et peu robustes rendant leur interprétation délicate. Ainsi, pour les urologues il est urgent de lancer des études pour mieux connaître la toxicité́ urologique du cannabis. « Si ces études nous amenaient à conclure que le cannabis est cancérigène pour la vessie et le testicule, et qu’il agit défavorablement sur l’érection et la spermatogenèse ce serait un point de santé publique capital » estime le Pr Lechevallier. 

Étudier le cannabis, pas si facile…

Des études complémentaires sont donc nécessaires pour déterminer le rôle du cannabis dans l’apparition de troubles urologique chez l’homme jeune. Malheureusement la réalisation d’études fiables est complexifiée par la nature même du produit. En effet, « plus de 500 substances différentes peuvent être retrouvées dans le cannabis, sans compter les différents additifs... » précise le Dr Alice Deschenau. De plus, le THC et le cannabidiol, les deux substances psychotropes les plus connues, sont présents en proportion variable selon les variétés de cannabis, leur milieu de culture, le mode de consommation (herbe, résine, huile...). 
Ainsi identifier le mode d’action de chacune de ces substances et son rôle dans la survenue de pathologies urologiques est assurément un travail de longue haleine. « Le cannabis agit sans doute par des mécanismes complexes à la fois au niveau du système nerveux et par une action toxique directe sur les tissus », précise le Pr Lechevallier. 

Urologue, addictologue, un partenariat à développer 

Dans l’attente de données fiables permettant de définir une stratégie de prise en charge des consommateurs, l’AFU souhaite sensibiliser la communauté́ des urologues à ces risques. « Lorsqu’un urologue reçoit en consultation un patient jeune pour une tumeur de vessie, du testicule ou pour des troubles érectiles ou une infertilité́, il doit l’interroger sur sa consommation de cannabis », indique le Pr Lechevallier. En cas de consommation de stupéfiant, il faut penser à orienter les patients vers un addictologue. Il pourra alors proposer un accompagnement au changement ou une aide au sevrage. Inversement, les addictologue se doivent d’informer des risques pour la santé, associés au cannabis. « L’impact du cannabis sur la santé ne relève pas seulement de la neuropsychiatrie (avec notamment une augmentation importante des risques de schizophrénie) », rappelle le Dr Deschenau. De plus en plus d’études rendent compte de son impact sur la santé pulmonaire, cardiovasculaire... et donc urologique. 

Références bibliographiques 

-  Pathologies urologiques liées à une consommation de cannabis Auteurs : F. Lannes, B. Gondran-Tellier, E. Lechevallier, M. Baboudjian Référence : Progrès FMC, 2020, 3, 30, F73 
-  Freeman RM, Adekanmi O, Waterfield MR, Waterfield AE, Wright D, Zajicek J. The effect of cannabis on urge incontinence in patients with multiple sclerosis: a multicentre, randomised placebo-controlled trial (CAMS-LUTS). Int Urogynecology J 2006; 17:636– 41. https://doi.org/10.1007/s00192-006-0086-x 
-  Gurney J, Shaw C, Stanley J, Signal V, Sarfati D. Cannabis exposure and risk of testicular cancer: a systematic review and meta-analysis. BMC Cancer 2015; 15:897. https://doi.org/10.1186/s12885-015-1905-6. 
-  Ghasemiesfe M, Barrow B, Leonard S, Keyhani S, Korenstein D. Association Between Marijuana Use and Risk of Cancer: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Netw Open 2019 ;2:e1916318. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2019.16318. 
-  Aversa A, Rossi F, Francomano D, Bruzziches R, Bertone C, Santiemma V, et al. Early endothelial dysfunction as a marker of vasculogenic erectile dysfunction in young habitual cannabis users. Int J Impot Res 2008;20:566–73. https://doi.org/10.1038/ijir.2008.43. 
-  Gundersen TD, Jørgensen N, Andersson A-M, Bang AK, Nordkap L, Skakkebæk NE, et al. Association Between Use of Marijuana and Male Reproductive Hormones and Semen Quality: A Study Among 1,215 Healthy Young Men. Am J Epidemiol 2015 ;182:473–81. https://doi.org/10.1093/aje/kwv135.