L’AFU prend les devants face à la pénurie de l’Amétycine !

25 juillet 2019

L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), a annoncé le 9 mai dernier, une pénurie de l’Amétycine, chimiothérapie utilisée dans les cancers de vessie non agressifs ! Le comité de cancérologie de l’AFU (Association Française d’Urologie) a donc donné des indications précises à l’ensemble de la communauté urologique. Le point avec le Pr Yann Neuzillet (Hôpital Foch, Université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines).

Les tumeurs de vessie, lorsqu’elles sont non agressives, nécessitent une chirurgie de retrait de la tumeur, réalisée par voie endoscopique. Cette chirurgie est une résection de tumeur, où le chirurgien passe par les voies naturelles afin de « réséquer » la tumeur. Complémentaire à cela, certains patients peuvent recevoir un traitement additionnel.
L’Amétycine est une chimiothérapie, traitement anti-cancéreux, utilisé en complément des chirurgies de tumeur de vessie non agressives. Injecté par les voies naturelles, ce traitement peut être réalisé juste après la chirurgie, ce que l’on appelle IPOP (Instillation Post Opératoire Précoce), ou bien lors de plusieurs séances hebdomadaires après la résection. Cela permet ainsi de diminuer les risques de récidive de la tumeur de vessie, et fait donc partie des recommandations officielles pour les urologues. 

Une seule compagnie pour conditionner l’Amétycine 

Le laboratoire Kyowa, localisé en Angleterre, est l’unique compagnie reconstituant le produit final de ce médicament. « La molécule est synthétisée en Angleterre où elle est également conditionnée » explique Yann Neuzillet. « Le problème vient d’une faille de production aggravée par le contexte de Brexit, créant une situation de pénurie totale. D’autres pays européens sont également touchés par cette pénurie ». 

Le comité de cancérologie de l’AFU a donc provoqué une réunion de crise suite à cette annonce, afin d’organiser les prises en charge pour la communauté urologique, en s’appuyant sur la littérature scientifique. « Les IPOP sont stoppés jusqu’à un retour à la normale. En ce qui concerne les patients avec un risque de récidive le justifiant, l’Amétycine est ainsi remplacée par le BCG (autre traitement utilisé par les voies naturelles, pour les cancers un peu plus agressifs), moins bien toléré mais plus efficace. »

« Le risque, si la pénurie persiste, est de devoir s’approvisionner auprès de compagnies hors de l’Europe, augmentant les coûts, encore faudrait-il que ces compagnies acceptent de vendre en France, avec toutes les régulations que l’on connait » ajoute le Pr Yann Neuzillet. 

Des nouvelles rassurantes 

Aux dernières nouvelles, la production du médicament serait de nouveau en cours, et le produit devrait être à nouveau disponible d’ici peu, sans précisions sur la date exacte pour l’instant. Une équité auprès des différents hôpitaux sera respecté, afin que chaque patient puisse avoir des chances équivalentes de recevoir le traitement. Encore une fois, l’AFU montre sa réactivité face aux problèmes quotidien de la spécialité.