Infection urinaire : un risque accru chez les femmes traitées par antibiotiques

12 décembre 2019

Une étude réalisée par un urologue italien montre que les antibiotiques prescrits à tort augmentent le risque d’infection urinaire chez la femme. Décryptage du Pr Franck Bruyère, urologue et président du Comité d’infectiologie de l’AFU. 

Généralement sans gravité et fréquente chez la femme, la cystite est une infection urinaire localisée au niveau de la vessie et due entre autres aux bactéries Escherichia Coli ou Enterococcus Faecalis(1). Utilisés pour traiter la maladie et prévenir les récidives, les antibiotiques prescrits à tort ne sont pas sans conséquence. Une étude menée en Italie par le Dr Tommaso Cai, urologue à l’hôpital régional Santa Chiara et membre de l’ESIU (European Section of Infection in Urology), montre leurs effets délétères(2).

Près de 2 millions de cas par an 
Bien que les données épidémiologiques aient besoin d’être précisées, on estime qu’environ 2 millions de femmes souffriraient d’infections urinaires chaque année(3). Certains facteurs augmentent leur survenue chez la femme : une faible longueur de l’urètre, facilitant l’entrée anormale de micro-organismes dans la vessie, l'incontinence urinaire, les rapports sexuels, notamment avec le recours à des spermicides, le prolapsus – ou descente d’organes - génital et urinaire, un déficit en œstrogènes lié à la ménopause et la compression de la vessie par l’utérus favorise au cours de la grossesse(1). L’usage des antibiotiques tend à compléter cette liste.

 673 femmes ont participé à l’étude 
673 femmes âgées de moins de 40 ans, présentant une cystite récidivante, et infectées par Escherichia Coli ou Enterococcus Faecalis, ont participé à l’étude. « Aucune n’était enceinte ou allaitante, immunodéprimée, ménopausée, munie d’une sonde urinaire ou atteinte d’infections sexuellement transmissibles, de malformations urinaires, de calculs ou d’insuffisances rénale », précise le Pr Franck Bruyère, président du CIAFU (Comité d’infectiologie de l’association française d’urologie) et membre également de l’ESIU. 
« Les patientes ont été réparties en 2 groupes de façon aléatoire : l’un – le groupe témoin - dépourvu de traitement, l’autre prenant des antibiotiques adaptés à leur infection urinaire. Des examens ont été réalisés à 3, 6 et 12 mois, afin d’évaluer le délai de récidive de l’infection ». 

Plus de 73% des patientes traitées en récidive
12 mois après, 73,1% des femmes traitées par antibiotiques étaient atteintes à nouveau d’une infection urinaire, contre 14,7% des patientes n’en ayant pas reçus. « Outre un risque accru de développer une nouvelle cystite, une dégradation de la qualité de vie a été constatée chez les femmes ayant été sous traitement antibiotique », indique le Pr Bruyère. Cette étude confirme donc l’effet néfaste d’une mauvaise prescription d’antibiotiques dans le traitement des infections urinaires récidivantes. 

Références 

  1. Cystite : symptômes et causes. Site ameli.fr.
  2. Cai T, Bartoletti R. Asymptomatic bacteriuria in recurrent UTI - to treat or not to treat. GMS Infect Dis. 2017;5:Doc09. DOI : 10.3205/id000035.
  3. Épidémiologie des infections urinaires communautaires et nosocomiales.  XXième journée de Microbiologie clinique du ColBVH : « Les hémocultures ».