Hyperactivité vésicale, un trouble fréquent mais toujours tabou

25 janvier 2021

Des envies d’uriner fréquentes, irrépressibles, vous réveillant la nuit, tel est le tableau de l’hyperactivité vésicale.
e rapport 2020 de l’Association francaise d’urologie est consacré́ à ce trouble, qui malgré́ sa fréquence, reste méconnu.

Entretien avec le Pr Véronique Phé, responsable du comité de neuro-urologie de l’AFU et le Pr Xavier Gamé secrétaire général de l’AFU, coordinateurs du rapport 2020 de l’AFU. 

 

Un trouble fréquent et pourtant méconnu 

Tout le monde connait la migraine mais peu l’hyperactivité vésicale non neurologique (HAV). Pourtant, 15 % des Français souffrent de migraine et 14 % d’HAV. Il paraît donc essentiel « de faire connaître cette maladie taboue, d’autant qu’il existe aujourd’hui des traitements efficaces pour pratiquement toutes les hyperactivités vésicales, y compris les plus sévères. » précise le Pr Xavier Gamé. 
L’HAV touche aussi bien les hommes que les femmes et sa fréquence augmente avec l’âge. Ainsi, un tiers des personnes de plus de 75 ans en souffrent. « Le vieillissement, la ménopause ou encore le gonflement de la prostate peuvent être impliqués. » ajoute le Pr Phé. Elle peut être liée à diverses causes : neurologiques comme la SEP (Sclérose en plaques) ou Parkinson, infectieuses ou diverses maladies comme des tumeurs vésicales ou des calculs. Mais dans certains cas, il n’existe aucune cause, on parle alors d’hyperactivité vésicale « idiopathique ». 
En 2010, on définit l’HAV par une pollakiurie (des envies d’uriner fréquentes), des urgenturies (un besoin extrêmement pressant de vider sa vessie) et des nycturies (des levers nocturnes pour uriner). Il n’y a cependant pas de « seuils », précise le Pr Véronique Phé pour déterminer la maladie mais « si la fréquence des mictions devient gênante, il faut consulter »

Un impact majeur sur la qualité de vie 

La peur d’être surpris par une envie urgente contraint de nombreux patients à refuser les sorties et organiser leur vie autour de routines (prendre toujours le même chemin et connaître les lieux où l’on pourrait se soulager sur le trajet), pouvant entrainer un véritable isolement social. « Des études ont montré qu’en matière de qualité de vie, ce trouble a plus d’impact que le diabète ou l’hypertension », précise le Pr Gamé. Souvent peu exprimé malgré l’ampleur du handicap car considéré à tort comme une conséquence normale et inéluctable du vieillissement, seulement un tiers des patients concernés consulteraient. « La pathologie reste taboue, vécue comme une honte et comme une fatalité » regrette le Pr Phé. Le médecin généraliste peut permettre de dépister cette maladie en demandant simplement : « quand vous avez besoin d’uriner, vous faut-il y aller vite ou pas ? ». Si il y a une urgence, il faut poursuive les investigations. 

Une prise en charge efficace

Aujourd’hui de nombreuses solutions peuvent être apportées dont l’approche comportementale qui consiste en : 

  • Refreiner les envies, aller aux toilettes à heures fixes 
  • Limiter les consommations de café, alcool et soda, éviter de manger trop salé ou épicé 
  • Perdre du poids (efficace dans 50%) 
  • Gestion du stress
  • Arrêt du tabac, dont la nicotine a une action excitatrice sur la vessie. 

La rééducation, un traitement médicamenteux hormonal chez la femme ménopausée ou spécifique de l’HAV peuvent permettre la résolution des symptômes.

En cas d’échec, trois autres types de traitement sont encore possibles : 

  • La stimulation du nerf tibial, la moins invasive, consiste à envoyer un petit courant électrique via deux électrodes posées au niveau de la cheville pendant 20 minutes par jour. Elle permet de soulager les symptômes « sans effets secondaires, ni contre-indications », ajoute le Pr Gamé.
  • La neuromodulation sacrée (le « pacemaker de la vessie ») : Une électrode est placée chirurgicalement au contact d'un nerf au niveau du bas du dos. Elle est efficace chez environ 70% des patients réfractaires à toutes les autres méthodes mais nécessite actuellement un remplacement d’une partie du dispositif tous les 5ans.
  • Enfin la toxine botulique pour les patients insuffisamment soulagés. Injectée dans le muscle vésical par les voies naturelles. Il existe un risque de paralyser la vessie en cas de surdosage, nécessitant un apprentissage à se sonder pendant les premières semaines. La durée d’efficacité est de l’ordre de 6 mois au terme desquels il faut réinjecter de la toxine. 

Les HAV réfractaires à tout sont rarissimes. Bien souvent, une prise en charge simple suffit à soulager les patients. « On métamorphose leur vie », se réjouit le Pr Gamé.