Greffe du rein : un organe atteint d’une tumeur peut être transplanté

21 novembre 2019

L’Association Européenne d’Urologie (EAU) vient de mettre à jour ses recommandations en matière de transplantation rénale. Parmi elles, la possibilité de greffer un rein atteint d’une tumeur a été scientifiquement prouvée. Le point avec le Dr Romain Bossier (AP-HM), membre du panel de l’EAU pour la transplantation rénale.

3 567. C’est le nombre de greffes rénales réalisées en France en 2018(1). Dans un contexte de diminution du nombre de transplantations (3 782 en 2017 et 3 615 en 2016), l’Association Européenne d’Urologie (EAU) a mis à jour ses recommandations sur la transplantation rénale(2). Don du vivant, cancers urologiques, critères de sélection des organes greffés… L’EAU s’est prononcée sur des sujets aussi importants que sensibles.

Un risque de récidive minimal après la greffe d’un rein atteint d’une tumeur
L’un des points essentiels abordé dans par l’EAU concerne la découverte de tumeurs sur le rein à greffer (3). Alors qu’il s’agit généralement d’un motif de refus de prélèvement ou de transplantation, sur 109 cas dans lesquels une petite tumeur avait été découverte sur le transplant rénal, avant d’être retirée puis greffée, un risque de récidive minimal chez le receveur a été démontré dans une étude. Or, dans la majorité de ces cas, les tumeurs étaient malignes. Dans une période de pénurie de transplants où chaque organe compte, cette recherche a donc établi que les reins porteurs de petites tumeurs pouvaient être transplantés après leur exérèse.

541 dons de rein du vivant en 2018
Alors que les greffes à partir de donneurs vivants offrent de meilleurs résultats à long terme aux patients atteints d'insuffisance rénale chronique terminale, elles restent minoritaires en France et ne représentent que 15 % des transplantations rénales en 2018 : 541 ont été réalisées contre 611 en 2017 (1,4).
Depuis peu, les conditions pour devenir donneur vivant ont été élargies, mais la législation reste mal connue. « Depuis 2011, toute personne qui justifie d’un lien « affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur » (loi de bioéthique du 7 juillet 2011) peut entamer les démarches qui conduisent au don du rein », rappelle le Dr Romain Boissier. 
Pour le prélèvement du rein sur le donneur, les recommandations de l’EAU datant de 2018 suggèrent la laparoscopie (aussi appelée cœlioscopie), une technique chirurgicale consistant à opérer à ventre fermé grâce à des instruments introduits dans l’abdomen par 3 ou 4 petites incisions. « La technique coelioscopique permet une durée d’hospitalisation moindre, une diminution de la douleur postopératoire et l’utilisation d’antalgiques », indique le médecin.

Cancer et greffe rénale : vers une suppression du temps d’attente ?
Lorsqu’un candidat à la transplantation rénale a un antécédent de cancer, un délai d’attente est imposé, sa durée variant en fonction du type de tumeur et de son stade. Pour beaucoup de cancers, en particulier les cancers urologiques, ces délais reposaient sur des études datant des années 90. Depuis les techniques de détection et les traitements anticancéreux ont évolué, les cancers de prostate et du rein étant diagnostiqués à des stades plus précoces aujourd’hui.
Des études scientifiques ont montré un risque de récidive minime, ne diminuant aucunement la survie des patients, pour les cancers du rein et de la prostate de bon pronostic. Ce travail permettrait d’envisager une réduction voire une absence de délai d’attente pour les cancers du rein et de la prostate de bon pronostic. 

Références 

  1. Don d’organes et de tissus. Tous concernés. Journée nationale de réflexion sur le don d’organes et la greffe, et de reconnaissance aux donneurs. Site de l’agence de la biomédecine. 
  2. Rodríguez Faba O, Boissier R, Budde K, Figueiredo A, Taylor CF, Hevia V, et al. European Association of Urology Guidelines on Renal Transplantation: Update 2018. Eur Urol Focus. 2018;4(2):208–15. DOI : 10.1016/j.euf.2018.07.014.
  3. Hevia V, Hassan Zakri R, Fraser Taylor C, Bruins HM, Boissier R, Lledo E, et al. Effectiveness and Harms of Using Kidneys with Small Renal Tumors from Deceased or Living Donors as a Source of Renal Transplantation: A Systematic Review. Eur Urol Focus. 201
  4. Le rapport médical et scientifique du prélèvement et de la greffe en France : greffe rénale. Site de l’agence de la biomédecine.