Continence urinaire après prostatectomie radicale : le rôle du patient

07 octobre 2021

Le risque de fuites urinaires après l’ablation de la prostate représente une préoccupation majeure pour les patients. Le Pr Alexandre de la Taille, membre du conseil d’administration de l’AFU, président du CNU Urologie (Conseil national des universités), précise le rôle que joue le patient dans sa réappropriation d’une continence urinaire contrôlée après la chirurgie.

Une chirurgie de précision

La prostatectomie radicale est une intervention chirurgicale proposée en cas de cancer localisé de la prostate. Elle consiste en l’ablation complète de la prostate. « En préopératoire l’incontinence urinaire est le sujet de préoccupation numéro deux des patients après le cancer lui-même et avant celui de la sexualité qui peut également être affectée. En postopératoire, le contrôle urinaire suscite une inquiétude profonde chez les patients opérés alors libérés de la charge mentale liée à la tumeur elle-même. » Les progrès de la chirurgie ont considérablement amélioré localisation et dissection du sphincter urinaire qui est le muscle principal permettant la continence. La meilleure préservation de ce muscle a permis une nette amélioration de la continence urinaire au décours de l’intervention. 
Ainsi, l’incontinence urinaire permanente et définitive est devenue exceptionnelle et se produit dans environ 3% des cas. Cependant, il persiste une incontinence sous forme de fuites de quelques gouttes d’urine lors d’efforts importants dans 10 à 15% des cas. Le Pr de la Taille précise « Les progrès en matière de chirurgie prostatique sont considérables ces dix dernières années avec 50 à 80% de récupération de la continence urinaire entre  1 à 3 mois, et 95% de récupération à 6 mois. Cependant, les facteurs propres aux patients sont importants à considérer ».

Le patient, un facteur à part entière

Différents facteurs propres au patient vont pouvoir influencer la récupération de la continence. Ainsi, la présence d’une obésité, d’un diabète, d’une maladie neurologique ou encore un antécédent de chirurgie prostatique pour un adénome, augmentent le risque d’incontinence ou la durée de récupération d’une continence. Des facteurs liés au cancer lui-même peuvent également entrer en jeu comme la taille ou l’extension de celui-ci au sein de la prostate pouvant réduire la possibilité d’une préservation du sphincter ou des nerfs qui l’innervent. 

Enfin, des séances de rééducation avec un kinésithérapeute peuvent être proposées au patient avant l’intervention et au décours de la chirurgie. Cette rééducation périnéale doit se faire avec un kinésithérapeute rodé à ces techniques. Leur réalisation améliore la continence urinaire à un mois après l’intervention. Ainsi, un investissement du patient dans ces séances pourra permettre lui permettre d’espérer de meilleurs résultats. Dans le laps de temps qui suit l’intervention et avant de démarrer la rééducation, le patient peut également réaliser lui-même des exercices simples tels que le « pipi stop » et la contraction du périnée qui pourront également lui être enseignés par le kinésithérapeute avant l’intervention.