Cancer du rein métastatique d’emblée, une nouvelle approche

27 juin 2018

La prise en charge de référence du cancer du rein métastatique d’emblée consiste à retirer le rein (on parle de néphrectomie cytoréductrice) puis administrer un traitement anti-angiogénique par voie orale, le Sunitinib qui inhibe plusieurs récepteurs à tyrosine kinase impliqués dans la croissance tumorale. L’étude française CARMENA présentée début juin 2018 au congrès annuel de cancérologie de l’ASCO, l’American Society of Clinical Oncology, ouvre une nouvelle voie.

Tous les ans, le congrès de l’ASCO qui se déroule à Chicago réunit les oncologues du monde entier pour présenter les nouveautés dans la prise en charge des cancers. Une étude a été particulièrement remarquée, réalisée non pas par des oncologues mais des urologues. Il s’agit de CARMENA, pour « CAncer, Rein, MEtastase, Nephrectomie, Antiangiogénique », une étude prospective française conduite par le Pr Arnaud Méjean, chef du service d’urologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, et membre de l’AFU. Elle porte sur un essai randomisé (les patients sont répartis de manière aléatoire par tirage au sort dans différents groupes d’approche thérapeutique) de phase III (niveau d’une étude clinique où un nouveau traitement est comparé à un traitement existant). Cet essai avait pour but d’évaluer l'intérêt du Sunitinib seul, sans procéder à l’ablation du rein.

Vers la fin de l’ablation

Le cancer du rein touche chaque année plus de 13 000 personnes en France, majoritairement des hommes, âgés de 60 ans en moyenne et présentant dans 20 % des cas des métastases d’emblée. Le protocole habituel (néphrectomie cytoréductrice suivie d’un traitement par Sunitinib) de ces cancers dits métastatiques synchrones est aujourd’hui remis en cause. L’étude CARMENA, multicentrique (réalisée dans plusieurs centres hospitaliers) et menée entre 2009 et 2017, a montré que l’ablation ne devait plus être systématiquement prescrite. Elle a mis en évidence une survie globale de 18,4 mois pour les patients n’ayant pas été opérés, au lieu de 13,9 mois chez les patients ayant reçu le traitement de référence (néphrectomie réductrice et Sunitinib). « Le Sunitinib seul n'est pas inférieur à la néphrectomie cytoréductrice suivi du Sunitinib dans le cancer du rein métastatique synchrone, à la fois dans les groupes à risque intermédiaire et dans les groupes à risque faible. La néphrectomie cytoréductrice ne devrait plus être la norme de soins lorsqu'un traitement médical est requis », conclut CARMENA. « L’attitude consistant à privilégier la chirurgie, suivie d’un traitement médicamenteux, doit être revue puisque nous avons pu montrer que les patients traités immédiatement par Sunitinib, sans chirurgie associée, n’avaient pas de perte de chance », ajoute le Pr Arnaud Méjean.